| ?a.
Quels intérêts de la création de cellules
de communication dans le développement ?
?b.
Quand vous avez eu cette idée de monter une structure de communication
en Casamance, à Kolda, quels étaient vos
objectifs prioritaires et surtout qu’est-ce qui vous a donné
l’envie de le faire au départ ?
?c.
Pourquoi aujourd’hui passer par le micro et la caméra
pour trouver ou retrouver un sens communautaire pour mettre en valeur
une identité et développer le culturel ?
?d. Est-ce
que des outils qui viennent d’une société occidentale
n’induisent pas des langages qui sont les langages des sociétés
dans lesquelles ils ont été inventés ? Et est-ce
que de part l’outil, on ne fausse pas dès le départ
le discours d’une identité culturelle qui n’est
pas celle de la société de production de ces outils ?
?e. Quand on croit
à la nécessité de ces outils dans les zones rurales
africaines, quels sont les difficultés et les bonheurs
que l’on rencontrent dans les mises en œuvre de ce projet
?
?f.
Pourquoi est-il nécessaire de développer
cet aspect identitaire et culturel chez nous comme ailleurs
?
?g.
Quand on voit une démarche de ce type là qui semble novatrice
et originale, on se demande comment un pouvoir subsidiant
peut intégrer ce type de démarche ?
?Quels intérêts
de la création de cellules de communication ?
Le premier intérêt de base d’une
structure de communication dans le développement, c’est
d’abord de mieux communiquer.
Le mot "communication" induit, à l'évidence,
une volonté de partage et d'échange. A partager quoi ?
Pas uniquement des mots, pas uniquement des idées, mais à
partager pour faire savoir et pour faire connaître. Et en faisant
connaître, on prête sa propre identité à une
autre identité, et on essaye de lui accorder un sens de l’entendement,
du discernement, de l'esprit et beaucoup d'écoute . On essaye
de partager ensemble de la vie. Cela signifie savoir partager du travail,
mais aussi savoir partager ce que l’on est dans le développement
de l'un vis-à-vis de l'autre et ce que l’on accepte d’une
communauté dans sa capacité et ses potentialités
à gérer son propre devenir, à partir de ses propres
réalités de base.
Il me semble nécessaire de nuancer ce qui distingue du mot "communication"
au mot "information". Nous vivons dans un contexte où
il y a une confusion, de l'amalgame qui feraient croire que, par exemple,
plus les gens sont informés de la situation du monde, mieux ils
pourraient penser qu’ils ont de quoi activer une réflexion
constructiviste par rapport à ce qu’ils pourraient faire,
eux pour le monde, ou le monde pour eux. L’information, telle
qu’elle se présente actuellement, est douteuse. Pour moi,
elle est comme un "prêt à porter" approprié
à des intérêts bien particuliers qui, en constatant
et en banalisant, procède presque du divertissement ou de la
variété. Elle réduit l’image du monde à
un rapport réducteur, presque fatidique où aucune mémoire
ne peut s’installer. La communication, au contraire, fait directement
rayonner une dynamique qui propose un travail actif d' évolution
des identités et des valeurs culturelles de nos sociétés
pour un devenir meilleur. Nous sommes là, comme disait Godart,
pour faire de l’Histoire, nous ne sommes pas là nécessairement
pour être le chroniqueur de notre Histoire vécue presque
au passé de son vivant. Néanmoins, parfois, je me dis
qu'il est bien difficile de conjuguer le temps au présent.
?Quand vous avez eu cette idée
de monter une structure de communication en Casamance, à Kolda,
quels étaient vos objectifs prioritaires et surtout qu’est
ce qui vous a donné l’envie de le faire au départ
?
Ca se passe presque toujours parce qu'on a des envies,
des envies nomades, de voir ailleurs pour voyager de l'intérieur.
Ce qui s’est passé en Casamance, dans une phase pilote,
devrait se faire au quotidien, partout dans le monde, le plus simplement
possible, presque même sans trop se poser de questions. C'est
une évidence. Au moment où notre planète essaye
d’évoluer et d’avancer par le troc des images et
du son, du multimédia, il n’y a aucune raison que, en pleine
savane, dans le milieu rural de la Casamance (là où l'électricité
n'est pas encore accessible), on ne donnerait pas l’occasion à
ces populations rurales d’avoir accès à la démystification
et à l’appropriation, pour elle même, d'un nouvelle
technologie de communication mondiale tel que l'outil audiovisuel s'y
prête. Evidemment, on nous a rétorqué que : "vous
aller travailler dans un contexte où il n’y a pas d’électricité.
La priorité, c’est d’abord d’avoir l’électricité.
Nous gardons comme axe prioritaire tout ce qui concerne la santé,
l'alphabétisation". Pour eux, l'importation de l’aspirine
est plus importante que la (ré)activation de sa propre connaissance
que l'on pourrait puiser aux sources des communautés de base
et qu'on pourrait, de manière moderne, réactualiser. Je
pense, par exemple, aux plantes médicinales que ton arrière-arrière-grand-père
utilisait. En agissant de manière transversale, par l’échange
de magasines audiovisuels réalisés par et entre les communautés,
on pourrait développer un processus d’auto éducation,
dont
l' à propos de la communication viendrait directement de la (re)connaissance
de son propre système de valeur intégré à
travers la gestion de son propre développement directement lié
à ses réalités. Et cela, l'implantation de petites
structures de communications audiovisuelles pourraient grandement contribuer
à ce type de développement. Comme je l'ai vécu,
à l’époque, cette perception là n’était
pas trop prise en compte par les bailleurs de fonds qui avançaient
l'argument du manque d'énergie électrique et aussi le
côté prématuré de l'appropriation des nouvelles
technologies de communication comme programme de développement.
Tout ce qu' on a pu rétorquer, un peu naïvement, c'est qu’il
n’était pas nécessaire d’attendre l’énergie
déjà présente de manière très naturelle
(ndlr : le soleil omniprésent) lorsque elle est maîtrisée
par des systèmes modernes. Je dis "naïvement"
parce qu'on nous avait assuré, à grand fracas, l'installation
de l'énergie solaire par un gros programme de développement
qui n'a jamais eu lieu. Pour moi, il ne fallait pas attendre un réseau
complexe d’électrification qui, de toutes façons,
arriverait trop tard, qui n’alimenterait plus les communautés
de manière naturelle, intégrée et appropriée,
mais qui découlerait d’un concept d’urbanisation
hirsute, répondant aux exigences de télévision,
de standing, etc., ne correspondant pas à la réalité
des communautés rurales africaines que je connais. Cette façon
d'agir face à la mondialisation et aux tumultes qu'elle provoque,
entraîne de manière implacable, irréversible des
processus de dérives, de déviances où, malheureusement,
les valeurs des communautés de base sont ébranlées.
On assiste alors à l'éclatement des identités,
du noyau social qui les porte, aux terribles problèmes des communautés
délocalisées et des conséquences catastrophiques
qu'elles déchaînent.
L’installation de structures de communication, est une action
presque ‘hygiénique’. C’est, comme on prend
soin du corps, accorder un respect à la conscience des Hommes
à travers la connaissance et la reconnaissance de leur propre
identité et, d’autre part, l’échanger. Que
cette communauté puisse développer et activer une conscience
d’elle-même. Cela crée de la culture. Et puis, qu’entre
la conscience de la communauté et le fait que l’on ai activé
de la culture, s’installe une logique, celle de l’éducation.
?Pourquoi aujourd’hui passer
par le micro et la caméra pour trouver ou retrouver un sens communautaire
pour mettre en valeur une identité et développer le culturel
?
Parce que ça va de soi. Si je reprends l’exemple
de la Casamance, même si il n’y a pas une télévision,
si il n’y a pas un micro dans le village de Hamdallaye Samba Mbaye,
même s’il n’ont jamais vu de haut parleur ou de caméra,
ils savent que cela existent. Il n’y a personne sur la planète
qui n’ai connaissance de l’existence de ces outils mais,
pour beaucoup, ils ne sont pas accessibles. Donc ils s’en créent
une image, ils en fabriquent une représentation identificatoire
qui pourrait être presque de l’ordre fantasmatique puisque
ils se représentent quelque chose sans savoir à quoi cela
peut servir tout en sachant que cela sert puisque tous les autres l’utilisent.
D’abord, c’est tout simplement ça : ‘pourquoi
les autres et pourquoi pas nous ?’ A ça, moi je réponds
: ‘et pourquoi pas ?’ Est-ce que je vous pose la question
quand vous amenez vos bulldozers : ‘et pourquoi vous amenez vos
bulldozers ?’ Vous dites que c’est une évidence,
mais ici aussi c’est une évidence. La vrai question, c’est
: ‘quoi en faire et comment se l’approprier ?’
?Est-ce que des outils qui viennent
d’une société occidentale n’induisent pas
des langages qui sont les langages des sociétés dans lesquelles
ils ont été inventés ? Et est-ce que de part l’outil,
on ne fausse pas dès le départ le discours d’une
identité culturelle qui n’est pas celle de la société
de production de ces outils ?
Pour moi, ce n’est pas l’outil qui crée
le langage, c’est l’appropriation de l’outil qui crée
le langage. C’est dans la façon dont on va t’informer
ou t’éduquer (informer, c’est le mode d’emploi,
éduquer, c’est tout un autre processus, c’est la
méthodologie) que peuvent intervenir une série de déviances
et de détournements. L’outil n’est pas neutre, bien
sûr, mais c’est l’utilisation que tu en feras qui
respectera ou non le sens que tu donnes à l’existence,
à ta culture (car, à la base, en principe tu es déjà
culturellement développé), …
Certains aussi me disent : ‘mais attention l’audiovisuel
ça fait peur, ça peut être dangereux comme une arme
!’ Non, ce n’est pas une arme. Sinon, à ce moment
là, l’homme n’invente plus que des outils dont il
a la psychose. C’est comme s’il s’entretenait de façon
instrumentale à vouloir se développer dans sa propre parano.
Steve Francoeur, coordinnateur de L’ŒIL cinéma (Québec)
me disait : ‘pour finir, tous les américains portent en
eux le potentiel d’être des petits cancéreux en devenir.
Ils vivent leur propre psychose du cancer tout en développant
quelque chose d’hyper hygiénique de façade dans
leurs manières d'ordonner la raison d'être. Ce sont les
premiers qui ne veulent signer aucune convention en ce qui concerne
le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet
de serre, et qui, au nom de la démocratie et du progrès
humain, sont les premiers anthropophages d’énergie, ….
(je ne vais pas m’appesantir sur les américains). Mais,
donc, ce n’est pas l’outil qui crée le langage, c’est
l’appropriation que l’on en fait via le rapport éducationnel.
Maintenant, si on aliène cette éducation de base à
la servitude que proposerait, dans le contexte de la "mondialisation",
un multimédia "incorporel", abstrait, sans immunité,
c'est foutu. Pour moi, le progrès n'est pas d'agir pour évoluer
en convergence vers un concept bizarre de civilisation mondiale unique.
C'est seulement agir pour "être avec l'être",
et l’outil audiovisuel peut renforcer, comme n’importe quel
langage, des capacités de développement où s’intègrent
plusieurs savoirs-faire de langages différents. Ce tissage, en
résonance des valeurs culturelles qu'il intègre à
son propre rythme de vie, au sens le plus noble du terme, quand il n’est
pas trop éclaté, crée et renforce des liens où
l' Homme est un être consciemment engagé au présent
dans les responsabilités de son devenir.
?Quand on croit à la nécessité
de ces outils dans les zones rurales africaines, quels sont les difficultés
et les bonheurs que l’on rencontrent dans les mises en œuvre
de ce projet ?
D’abord, il y a un bonheur personnel, un bonheur
qui n'appartient qu'à ma façon d'être en vie, dans
la vie. Il y a aussi de l'orgueil là-dedans. J’ai toujours
penser que dans cette relation d’éducation au développement,
dans cette volonté de regarder le travail de l’autre pour
mieux le comprendre, on s’éduque aussi soi-même.
Voir l’autre, c’est aussi faire tout un travail sur soi-même.
Etre sensible à l’autre, c’est mieux développer
la conscience que j’ai de moi, c’est se donner de plus vastes
amplitudes d’un travail à faire pour nos propres communautés.
Donc, il y a cet aspect-là. Il y a ce travail qui fait que moi,
personnellement, quand je sens que j’ai activé quelque
chose d'un peu insensé, mais que je crois vraie, et que je vois
cette chose devenir vivante, ça me rend heureux. J’ai le
plaisir jubilatoire, comme un gamin, de m’émerveiller d’être
encore capable de m’étonner.
On pourrait croire qu’une grande satisfaction serait aussi ce
qu'on appelle dans notre jargon "la production". Ils produisent
des magasines de communication, donc c'est rassurant parce que ça
marche. Je ne dirais pas que je suis contre ce critère, mais
je nuance ça progressivement dans notre travail. Nos civilisations
ont développé l’idée qu’il est important
de se grandir culturellement dans un système d’éducation
permanente où l’on te met face à face à un
système de reconnaissance basée sur la production. Loin
de moi l’envie de dire qu’il faut imposer un embargo sur
les événements artistiques, les musées, les salles
de cinéma et de spectacle mais, il ne faut pas croire que la
production est une fin en soi. Le processus l’est tout autant,
si pas plus, et ce n’est pas sur des critères de rentabilité
de production que doit s'évaluer d'abord un programme d’éducation
au développement. C'est pas si simple de répondre à
ta question. Si l'on base le bonheur sur la satisfaction que l'on a
d'une action accomplie, celle-ci provient consciemment sur base d'une
évaluation qu'on lui prête. Le problème, vois-tu,
c'est que les « indicateurs » qui en principe devraient
être garants de la bonne tenue du projet, dans notre domaine,
au présent, sont difficilement saisissables, quantifiables, directement
repérables. Je me souviens avoir été malmené
par une phrase entendue lors d’un séminaire en gestion
du cycle de projet. Elle disait « pourquoi réinventer la
roue si d’autres l’ont fait avant nous ? ». Justement,
dans notre travail, il faut constamment réinventer la roue et
réapprendre à rouler. Pour cela, il faut se l’approprier
et cela peu prendre bien du temps. Maintenant, réellement te
dire concrètement ce que cela va donner et te le cadrer selon
une logique à toutes épreuves, moi, j’en suis incapable
et je ne délègue ce pouvoir à personne. C’est
là où cela fait des problèmes, cela suscite des
difficultés d’entendement. Comment être honnêtement,
auprès du bailleur de fonds, porte garant des résultats,
des impacts d’un projet de développement de type culturel
alors que l’on sait tous que l’existence même d’une
culture agit directement en constante évolution, mutation de
ses propres valeurs. Elle touche de l’infime petits gestes quotidiens
jusqu’aux bouleversements sociaux-politiques les plus incontrôlables.
Oui, pour moi, c’est une difficulté que j’éprouve
à devoir constamment justifier, non pas l’importance d’une
action culturelle intégrée comme action de développement,
à devoir créditer, sous forme d’indicateurs, son
impact, ses résultats. Je crois, vois-tu, qu’à la
base, les critères de gestion, d’intelligence, de sensibilité
de projet, entre le Nord et le Sud, ne sont pas nécessairement
les mêmes. Pour nous, cela paraît évident «
culturellement » réfléchi. Des responsables du Sud
commencent à ne plus vouloir amender nos évaluations externes.
Cela pose question. Et si le Sud se refusait « culturellement
» à notre logique de faire-savoir, quelles retombées
cela occasionnerait sur notre savoir-faire ? . Cela me questionne.
?Pourquoi est-il nécessaire
de développer cet aspect identitaire et culturel chez nous comme
ailleurs ?
Comment peux-tu quantifier la puissance que tu peux
ressentir quand, en plein été, dans le sud de la France,
tout en écoutant les criquets, tu vois la voie lactée
? Pour moi, une telle émotion fait partie d’un processus
qui t’amène à articuler, sur des millénaires,
de la philosophie, de la science, de la pensée, de l’intelligence,
de la poésie ou, de la création.
Est-il dangereux de croire que l’Homme avance, développé
par sa propre culture (un concept qui se refaçonne tout le temps)
? Tu ne demandes jamais à l’océan d’être
le même, pourtant il est toujours l’océan. Le danger
n’est-il pas plus de croire à ces nouveaux grands concepts
de multi-culturalités qui deviennent comme les slogans d’un
marketing de développement où tu es identifié absent
de tes racines? S’il y a de l’entendement à trouver
entre nos cultures, est-il nécessaire de devoir culturellement
s’épouser ? Je n’en suis pas certain. Je pense que
mieux connaître la culture de quelqu’un c’est aussi
mieux respecter ce qui est en permanence vivant, et en devenir dans
la culture. Le danger, ce serait l’amalgame culturel. Le propos
ne voudrait pas engager ou tenir un débat philosophique, mais
lorsque sur le terrain, tu rentres dans ta petite chambre pour écrire
ton rapport, tu ne peux évaluer que par rapport à ta propre
culture.
C’est aussi la différence qu’il a entre l’être,
l’avoir et l’image « hors (con)texte ». Quand
tu vois, en gros plan, l’ image des mains d’une jeune africaine
chargée de tirer l’eau du puits de son village, tu l’associes
à de l’interprétation liée à tes propres
critères culturels. A 15-16 ans, une villageoise, qui passe au
moins trois ou quatre heures par jours à tirer l’eau du
puits, a les mains ruinées. La représentation de ces mains,
enclavées dans les subtilités des jeux d'associations
à d'autres images, usurpe et extirpe, de manière tendancieuse,
le sens "nourricier" de la gestuelle sociale. Le spectateur
voudrait presque que ces mains ne soient pas les mains de la jeune villageoise.
Qu'elles ne lui appartiennent plus. Donc, ce qui est à regarder
ne propose pas la jeune fille dans ses identités sociales et
culturelles, mais bien qu'on voudrait qu'elle devienne pour nous, pour
son bien-être. Ces mains, pris comme exemple, représentent
toute la différence d’une certaine esthétique que
l’on prête aujourd’hui, communément à
la femme. Alors que ce qu'elle fait est un travail qui de fait, depuis
des siècles, est culturellement nécessaire, intégré
et admis. Par l’interprétation de mon image, j’insinue
un rapport pervers qui condamne et oblitère les valeurs du passé.
Nous sommes tous bien d’accord qu’il s’agit d’aider
à ce que la femme - pas nécessairement qu’elle ne
tire plus du tout l’eau du puits, pas nécessairement qu’elle
ait des mains de mannequin – mais qu’elle puisse avoir accès
à l’eau plus facilement et en plus grande quantité
pour que ces mains servent à autre chose. Pour que son temps,
le temps qu’elle va gagner parce que le village a décidé
l'utilité de l' installation d' une petite pompe électrique,
puisse être consacré à d’autres tâches
dont les responsabilités incombent à « être
» par des responsabilités en gestion économique,
en cours d’alphabétisation, etc. C’est ça
qui est important. C’est de voir que je n’apporte pas nécessairement
pour guérir, pas nécessairement pour qu’ils possèdent
, pas non plus pour que la femme réponde à nos critères
de beauté, mais pour qu’ils puissent être, seuls
à identifier la notion d'un progrès investi dans la valorisation
de leurs valeurs. Le concept de développement -et c’est
la même chose quant au processus de développement d’une
structure de communication en milieu rurale- c’est d’abord
aider l’autre à tout simplement mieux être. On fait
un travail de mise en place de structures audiovisuelles où ce
qui s’y développe rend accessible pour que tu sois. Et
ton devenir t’appartient. En t' aidant à accéder
à la maîtrise de cette structure, en t' accompagnant par
de la méthodologie, je peux, peut-être, t’aider dans
l’intelligence que tu prêteras à l’appropriation
de cet outil. D’où l’importance d’intégrer
le rapport à cette nouvelle technologie à un processus
éducationnel. C’est pour ça que le programme, que
l’on a mis sur pied, en terme de valeurs identificatoires, est
intelligent au sens où il me renvoie sans cesse à questionner
mes propres valeurs culturelles. Je ne l’ai pas fait exprès,
mais en écrivant dernièrement mon rapport, j’ai
écrit ce que Godard aurait écrit au cinéma : ‘nous
montrons les images d’un processus en travail et en questionnement’.
En montrant les images d’un processus en travail et en questionnement,
l’image ne peut pas se prêter à un rôle de
slogan ou de morale, un rôle identificatoire complaisant pour
nos sociétés où la conscience a de fâcheuses
tendances à s'en remettre à un slogan de marketing mondial
"Enrichissez-vous pour vous amuser".
?Quand on voit une démarche
de ce type là qui semble novatrice et originale, on se demande
comment un pouvoir subsidiant peut intégrer ce type de démarche
?
Cela peut parfois être difficile. Au début
j’étais un peu rebelle en disant : ‘ils ne comprennent
pas’. Aujourd’hui, je le suis moins dans la mesure où
je pense qu’il faut nous-même, en permanence, communiquer
pour mieux s’auto éduquer. J’ai eu dernièrement
l’occasion de voir, au travers de dialogues politiques, que ces
bailleurs de fonds n’avaient pas connaissance ou n’avaient
pas la même vision que moi de la signification que l’on
pourrait prêter ou du danger qui pourrait émaner d’un
processus de développement d’une structure audiovisuelle.
A la place de faire l’enfant en disant : ‘maman, ils sont
bêtes, ils ne comprennent rien !’… aujourd'hui, nous
discutons entre adultes et je revendique ce travail d’interface.
C'est aussi une des raisons de la création du site M.O.T. Le
grand problème que nous avons vis-à-vis des bailleurs
de fonds et qu’ils expriment parfois eux-mêmes c’est
la difficulté d’accorder une place à l’ être
humain dans le fonctionnement d’un développement qui passe
d’abord par des cadres logiques. Bon, ce n'est évident
pour personne, ni pour eux, ni pour nous.
Pour faire un beau film, il faut au départ avoir de bonnes idées
sur un bon sujet mais cela ne suffit pas parce qu’il faut également
passer à travers tout un traitement d' ordre technique et logistique
où un tas d’autres intervalles sont à franchir,
pour finalement aboutir à un film. Les choses ne sont pas simples.
On travaille toujours pour les futures générations en
espérant qu'elles diront la même chose.
La difficulté, aussi, provient également de la distance
entre le partenaire du Sud et le bailleur de fonds. Pour pouvoir développer,
à travers un cadre logique, un financement de partenaire, il
faut avoir l’aval d’un partenaire du Sud. Ce qui va de soi.
Le problème c’est que le partenaire du Sud n’est
crédible que dans la mesure où il agit pour un financement
qu’il ne peut obtenir que par l’intermédiaire d’un
partenaire du Nord. Là où ça peut biaiser, c’est
que les besoins d’abord exprimés par les villageois sont
ensuite filtrés par toutes une série d’écritures.
D’abord une vision des responsables du Sud qui, par leurs connaissances
et leurs études réécrivent ces besoins sous la
présentation d’un programme. Celui-ci est alors repris
par le partenaire du Nord qui, pour sa propre réalité
économique ou sa propre identité re-module ce programme,
et le réinjecte dans une cohérence que la commission réclame.
Un besoin simple de terrain (à savoir, par exemple qu’il
faudrait mieux agir sur la récolte du riz) passe à travers
tout une série de transformations, de conceptions, de visions
et de cultures différentes. Ca, avoué de part les responsables
des ONGs partenaires du Nord, des responsables partenaires du Sud et
du bailleur de fonds, ici la DGCD, ça peut poser problème.
A savoir que le riz amélioré, en terme économique,
sera vendu pour l'exportation.
Il rapportera donc de l'argent, mais pas nécessairement directement
aux populations locales. Même, d'un point de vue nutritionnel,
cela est déjà arrivé, qu'à la base d'une
bonne intention d'améliorer la qualité de vie, le résultat
amène à son contraire. Je continue à manger mon
"mauvais" riz, mais je travaille pour une entreprise qui exporte
le "bon" riz que j'ai planté. Dans notre domaine, tu
peux imaginer que c'est vraiment pas plus simple. Je pense, par exemple
à l'ambiguïté, en terme de valeur de production,
de la signification dans une programme "culture et développement"
que l'on accorde à la production de réalisations audiovisuelles.
Ca, j'aimerais qu'on en parle dans le futur. Bon, arrêtes maintenant
d'enregistrer. Je te sers du thé ?
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